
Nous nous retrouvons aujourd’hui pour parler d’Ultros, un jeu inspiré par Moebius, Ernst Haeckel, Goichi Suda, Hayao Miyazaki, Pierre de Margerie, Eluvium et Per Ahlin.
Si vous vous sentez perdu ou cela vous fait rêver ? Nous, on a halluciné.
Sorti le 13 février 2024, le Metroïd-vania des développeurs suédois de chez Hadoque est disponible sur Playstation 4, Plasytation 5 et Steam.
Parés à incarner la chasseresse tentant de retrouver la mémoire et de comprendre la raison d’être du Sarcophage ?

Ultros, le démon de l’oubli ?
Dans le jeu Ultros, vous incarnez une chasseresse nommée Ouji. Coincée dans un vaisseau dont vous ne connaissez rien, la chasseresse devra tenter de comprendre ce qu’il se passe et pourquoi vous avez perdu la mémoire. L’aventure débute alors dans les cycles infinis de la vie, de la réincarnation et des voyages spirituels.

Le jeu dispose de trois fins différentes correspondant à chaque état d’élévation de l’esprit que vous réussirez à atteindre. Votre premier parcours sur la voie de la violence se déroule en sept réincarnations. Le second sur la voie de la non-violence réserve un secret complémentaire et une belle réflexion sur les sources réelles de la violence.

Secondé par Gardener, le jardinier du Sarcophage, vous devrez explorer tous les recoins de l’immense vaisseau tout en combattant les mauvaises pensées. Et comme tout bon jardinier, vous pourrez planter des graines de réflexion. Ces graines vous permettent de réaliser deux actions importantes. Construire les plateformes qui vous aideront à atteindre de nouveaux sommets ou recoins du vaisseau. Mais aussi à développer la conscience d’Ultros, en sauvant les shamans qui le retiennent, ou le protège ?

Seule Qualia, une dorme de vie très semblable à vous, mais surtout une des clés du Sarcophage sera votre véritable guide dans les ténèbres.

Pas de lumière sans les ténèbres…
Car oui, le vaisseau est la prison dans laquelle Ultros est enfermé. Cette entité identifiée par les Beriens comme équivalente à une conscience qui pourrait ruiner l’univers, ou l’inverse. Après avoir chuté sur leur terre, cette entité était étudiée dans l’espace.

Attirés par cette curiosité, des êtres de toute la galaxie se sont lancées dans l’étude de l’entité Ultros. Ces différentes consciences cherchant à la tester l’ont rendue instable. Ainsi, les shamans ont été regroupés pour contenir l’entité et ses mauvaises pensées. En espérant qu’il resteront suffisamment fort pour ne pas être touchés aussi.

Et vous voici, vous, la chasseresse cherchant à vous échapper. Car c’est là votre priorité, trouver un moyen de sortir des boucles de vie et de mort vous ramenant à votre pod.
Mais pour cela, il faudra devenir la lumière au milieu des ténèbres.
…et quoi de mieux pour planter les graines scintillantes…
Armée de son épée récupérée dans le corps d’un chasseur légendaire, Ouji devra résoudre de nombreuses énigmes pour s’éveiller. Ultros est un véritable hommage aux plus gargantuesques des jeux d’action plateforme, la saga Metroïd.

Car si vous ne voulez pas explorer les travaux du médecin, biologiste et psychologue Ernst Haeckel, Ouji peut être comparée à Samus Aran explorant le vaisseau de Mother Brain.
Il faut retenir que M. Haeckel est aussi le créateur de l’ouvrage magnifique « Formes artistiques de la nature« . Mais aussi que les équipes du studio Hadoque et plus particulièrement l’artiste suédois Niklas Akerblad, connu sous le pseudonyme El Huervo, se sont inspirées des dessins de l’artiste Moebius pour leur donner vie.

On obtient alors un jeu magnifique et plein de vie. Que certain pourraient classer par méconnaisse comme psychédélique.
…que le plus sombre des terreaux ?
Pour que l’expérience Ultros soit des plus complète, vous affronterez des créatures organiques étranges. Du microbiote disproportionné nécessitant que vous vous renforciez.

Cela sera possible au travers du Cortex de compétences. Allant du simple renforcement musculaire jusqu’aux capacités de camouflage, nos évolutions sont réellement variées. Evolutions car c’est en mangeant les restes de vos adversaires que vous vous transformez. Chaque espèce offre des éléments d’ADN de quatre types différents.

Un tableau paraissant immense mais finalement assez restreint avec seulement vingt-six compétences. Surtout que vous pourrez trouver des verrous de mémoire qui vous permettrons de transmettre les capacités entre vos réincarnations. Une application de l’ontogenèse ?
Tel Gardener, toujours bien outillé
En dehors de vos compétences, le jeu Ultros ne propose pas de grandes évolutions de votre personnage ou de vos armes. La lame changera de forme au cours de vos réincarnations mais je ne préciserais pas pourquoi.

Le seul élément qui évoluera au fil du temps est votre Extracteur. Une sorte de troisième oeil flottant près de vous tout en restant relié à votre dos qui prendra sept formes différentes.

Certaines indispensables comme l’excavateur, précieux pour déterrer les plants, ou le propulseur pour planner. D’autres formes plus ambigües comme le lecteur obtenu en fin de première réincarnation. Ce dernier servant à scanner tous les éléments composant le Sarcophage pour les comprendre, alors que vous le débloquez juste avant de découvrir la première fin.
La forme de Soudeuse vous offrira la possibilité de combiner des morceaux de plante que vous allez devoir planter partout au plus vite. Car les plantes sont aussi une bonne source de matière pour l’évolution du Cortex. Mangez varié et équilibré.

Des musiques zen et spirituelles …
La petite équipe à l’origine du jeu Ultros est aussi composée d’un artiste audio assez unique. Oscar Sidoff Rydelius, a.k.a. Ratvader est un expérimentateur de sons. Et les musiques crées pour le jeu sont tout aussi uniques que lui.

Le style très spirituel du jeu est parfaitement transcrit dans les musiques et les ambiances de chaque zone du jeu. Le calme des abords du lac est en opposition avec les sons intenses de la raffinerie de Geggamo Ja.
… pour compenser une difficulté non maîtrisée.
Nous nous attaquons ici au point dur du jeu. Ultros est un jeu à l’ancienne qui abandonne son joueur dans le Sarcophage. Il arrive donc parfois que nous nous retrouvions totalement démuni à errer dans le vaisseau. Une situation que nous n’avons plus l’habitude de rencontrer et qui peut effrayer les nouveaux joueurs. Surtout durant les premières heures de jeu.

Le second point gênant issu de l’ancien temps, les hit-box des adversaires et divers pièges. Elles semblent aléatoires. Nous sommes invités à esquiver les attaques adverses pour disposer d’un accès à leurs points faibles. Ce qui est difficile à réaliser quand même l’indicateur de moment d’esquive se déclenche pendant l’attaque adverse. Totalement frustrant.
Enfin, les énigmes sont parfois hallucinantes de complexité pour réaliser des opérations simples. Vous ne verrez plus les sauna de la même manière après vous être acharné pendant de longues minutes à prier que votre boulet ne suive pas le chemin inverse à celui prévu.

Et ne parlons pas de réussir à guider la pousse d’une plante à l’aide de votre pulvérisateur. Un appareil qui fonctionne plutôt comme un aimant dont on ne maîtrise pas facilement les mouvements sans une bonne souris. Immaginez vous ce que cela donne avec une DualSense.
Certes, si vous êtes un rétro-gameur, cela ne sera une nouveauté et surtout pas insurmontable. Mais cela bride l’accès à la belle expérience Ultros.

Un style graphique travaillé et surtout adapté à tous
Et effectivement, le jeu Ultros est une expérience qui a été construite pour être accessible à tous.
Le jeu dispose d’une quantité importante de réglages de l’affichage. Ultros n’a rien à envier aux titres reconnus d’Ubisoft.
Passons la possibilité de réduire 100% des dégâts pour cacher le souci des hit-box. Nous avons toutes sortes de modifications d’affichage. Dont certains sont directement créés pour les personnes ayant des déficiences visuelles.

Vous pourrez gérer le flou du décors pour mieux voir les personnages et objets. Créer un halo autour du joueur. Mais aussi désaturer l’arrière-plan ou transformer les fondus blanc en fondus noir pour moins agresser vos yeux.
Et à un niveau plus global, vous pouvez désactiver les éléments de post-traitement tels que le flou lumineux, l’étalonnage des couleurs ou l’aberration chromatique.

Le summum de la surprise et du plaisir est la possibilité de changer la police d’écriture du jeu. Ce qui facilite la lecture aux personnes dyslexiques ou ayant des difficultés de lecture plus légères. Bravo !

Ultros : une réincarnation sous tension
La petite équipe du studio Hadoque portée par trois artistes au style unique nous offre une expérience des plus intéressante mais complexe. Ultros est un jeu d’exploration spirituelle et une expérience artistique complète.
A priori, réservé à un publique de joueurs prêts à souffrir pour le plaisir, le jeu dispose de multiples éléments d’accessibilité. Il est donc possible de vivre une expérience réflexive, intrigante et intéressante quel que soit votre niveau.
Ultros est une aventure qui pourrait en effrayer plus d’un. Comme lorsque l’on se lance sur la voie du Ahimsa.
La note des Dreamers : 15/20 – Une expérience réussie mais uniquement si on s’y plonge tout entier.
Style de jeu : 19/20 – Ultros est un action-plateformer pour les adeptes des défis. Les amoureux des quêtes sans fin seront servis. Un jeu à ne pas placer entre toutes les mains mais qui est la preuve que l’on peut encore offrir de nouvelles expériences dans ce style si ancien.
Histoire : 14/20 – L’histoire d’Ultros s’explore avant de se comprendre. Un voyage spirituel pour évacuer les mauvaises pensées de notre vie. Principe fondamental du Yoga, saurez vous appliquer le concept de l’Himsa et explorer le monde avec bienveillance et non-violence ?
Graphismes : 18/20 – Le jeu est une expérience graphique intéressante et plaisante. Certes, il faut aimer le style spécifique d’El Huervo. Mais en dehors d’un aspect parfois « fouillis », le jeu ne rencontre pas de soucis graphiques particuliers. Et Ultros est un jeu disposant d’une très forte accessibilité. Ce qui est assez rare pour le mettre en avant.
Jouabilité : 12/20 – S’il y a un point qui peut réellement rebuter, c’est la maniabilité du jeu. Volontairement lourd et lent dans certaines zones, le pieux est planté en combat. Les hit-box des adversaires paraissent trop aléatoires et rendant les phases de combat frustrantes.
Ambiance sonore : 15/20 – Les musiques créées par Ratvader offrent une ambiance unique et en adéquation avec le jeu. Cependant, elles sont parfois tellement fusionnées avec le monde qu’on les oublie. Et traverser certaines zones avec le son coupé ne change en rien l’expérience vécue.
*Les notes des Dreamers tiennent compte à minima de la plateforme de test, de la taille de l’équipe de développement et du style de jeu.

Jeu testé dans sa version dématérialisée sur Playstation 5 fournie par Maximum Entertainment.
